Epouvant’Art

« Quand faut y aller, faut y aller » pensa la Brune pour se rassurer. Elle se trouvait dans une pièce éclairée avec des spots, déversant une lumière aveuglante mais très irrégulière. Certaines zones de la pièce étaient plongées dans l’obscurité la plus totale. Enfin certaines… une seule, en réalité. Un des spots était éteint. Une chaise était disposée sous ce spot défectueux. Une forme humanoïde, plutôt féminine était accroupie sur cette chaise. « Une position très inconfortable » se dit alors la Brune. Cette forme était en train de graver quelque chose sur la chaise à l’aide d’un…

« de ses ongles ? Charmant… »

On se serait cru dans une salle réservée aux thérapies de groupe. Des chaises étaient disposées en cercle et les participants arrivaient au compte goutte. Une fois l’assemblée au complet, la Brune évalua les différents participants qu’elle avait sous les yeux. Droit devant elle, se trouvait la forme humanoïde qui sévissait dans l’obscurité, sur le côté droit, elle aperçu un clown aux couleurs criardes qui tenait un ballon de baudruche ; sur le côté gauche, une jeune fille au teint verdâtre qui faisait le pont, comme une gymnaste, mais sans jamais changer de position. Juste à la gauche de la Brune, se trouvait un Alien noir avec une dentition inquiétante et qui bavait sérieusement. Et à sa droite, un homme portait un masque des plus handicapant. Il prenait la moitié du visage en partant du nez jusqu’au menton. Au niveau de la bouche, cela ressemblait à une sorte de grillage, certainement, très dérangeant pour se nourrir. Tous ces monstres devisaient gaiement jusqu’à que la Brune fasse silence.

« Hum Hum, votre attention s’il vous plaît ! Premièrement, je vous remercie d’être venus aujourd’hui pour notre réunion annuelle. Je vois que nous sommes plus nombreux que l’année dernière. Avant que le petit nouveau ou la petite nouvelle prenne la parole… »

Cette hésitation eu pour effet d’attirer l’attention de la chose accroupie sur la chaise. Une voix rocailleuse et lourde dit alors : « NOUVELLE… NOUVELLEUUUUH »

La Brune légèrement effrayée reprit : « Euh très bien, donc avant que la petite nouvelle prenne la parole, je propose que nous fassions un tour de table et que chacun se présente. Commençons par ceux à ma gauche». L’Alien regarda la Brune avec un soupçon d’incompréhension.

« Ah oui, j’oubliais ! Il parle pas cui-là ! Bon je te présente alors. Voici Alien ou Ali pour les intimes. Comme vous avez pu le remarquer, il ne parle pas beaucoup, c’est certainement dû à la deuxième mâchoire qui est à l’intérieur de la première. Montre-leur Ali ! »

L’Alien s’avança au milieu du cercle et ouvrit lentement la gueule. Au bout de quelques instants, une seconde mâchoire identique à la première mais plus petite, en sortit.

« Donc la seule chose qu’il ait jamais dite c’est… » La brune se tourna alors vers l’Alien « et là je préfère te laisser le dire sinon tu vas encore t’énerver »

« RRRRRIIIIIIIPLEEEEEEYYYYYYYY ! »

« Voilà, Ripley ! Bref, je dirais que, Ali est avec nous depuis quelque chose comme 20 ans, à une vache près. Il fait un peu parti des meubles quoi. »

« Ripley ? »

« Non, Ali, je ne dis pas ça d’un air blasé. Je dis juste qu’on se connaît depuis longtemps. C’est pas grave de dire ça. Ali est avec nous parce qu’il est physiquement hors norme, donc impressionnant, mais il ne ferait pas de mal à une mouche. »

« RIPLEY !!! »

« Ali, arrête de bouder comme une vieille dinde, est ce que c’est ma fautesi tu es choupi ? Je n’ai jamais eu peur de toi. Ton potentiel effrayant est uniquement dû à ton physique de monstre. Dans la saga Alien, l’histoire est incroyable et effrayante mais tellement surréaliste (à mes yeux) que ça ne m’a jamais vraiment effrayé. C’était haletant, parfois stressant mais jamais effrayant. Désolée Ali ! »

Le xénomorphe répondit tristement : « Ripley… »

« Bien, avançons dans notre tour de table, Regan c’est à toi ! »

En entendant son prénom, la jeune fille au teint verdâtre qui était encore en train de faire le pont,  eut un mouvement de tête très rapide et très atypique. En une seconde, elle s’assit sur sa chaise et tourna sa tête à 360 degrés. Elle s’arrêta au niveau de la Brune.

« Quoiiiii ? »

« Présente toi Regan ! Et dépêche toi, on n’a pas la nuit, non plus. »

Avec la voix de Jeanne Moreau, la petite fille se présenta : « je m’appelle Regan, j’ai 12 ans et je suis possédée par le démon Pazuzu et ma mère suce des bites en enfer ! MOUHAHAHAHHHA »

Suite à ce rire démoniaque, Regan cracha une substance verte à ses pieds.

« Super la vanne ! Par contre, change de disque parce qu’on l’a déjà entendu celle là, non ? Bref, Regan est une de mes plus grandes peurs. L’Exorciste a toujours piqué ma curiosité. Étant non croyante, la possession par un être démoniaque devrait être indolore et pourtant les différents symptômes de la possession de Regan m’ont toujours effrayés. Les bruits au grenier, le lit qui bouge, les portes qui claquent ou sa voix de petite fille qui se transforme. L’histoire de Regan s’inscrit dans un contexte bien réel. Les Etats-Unis des années 70. Toute cette réalité fait que son histoire m’a toujours effrayée. Tu rajoutes à cela, une musique angoissante et Hop, tu obtiens mes cauchemars d’adolescente. J’ai vu ce film en 2002 ou 2003 quand ils l’ont ressorti au cinéma, remastérisé. Un film qui m’a terrorisé en salle m’obligeant donc à fermer les yeux pendant la moitié du film… »

« Chouette idée ! MOUHAHAHAHHAH » dit Regan qui se remit à faire le pont, donnant des angles fort peu normaux au niveau des bras et des jambes. La Brune détourna le regard : plus encore que sa voix glaçante, c’était cette image d’être désarticulé qui l’effrayait. L’Alien posa une patte délicate dans le dos de la Brune.

« Ripley » dit il tendrement.

« Merci Ali ! Tu es choupi. Bien, on passe à ma droite maintenant. »

La Brune se tourna vers l’homme au masque. Ses yeux, très inquiétant, dégageaient une douce lueur de folie et de détermination. « Euh peut-être que ce masque t’en empêche ? Tu veux que je m’en char… »

L’homme au masque coupa la parole de la Brune, « Je m’appelle Hannibal Lecter. Docteur Lecter. Je trouve que ce titre a une saveur tout à fait délectable, n’est il pas ? »

Hannibal jeta un œil à toute l’assemblée. Personne ne sembla réagir, excepté la Brune qui regarda, soudainement ailleurs et Ali qui cacha ses yeux derrière ses pattes avant.

« Je suis ici parce que selon la rumeur, je suis un dangereux sociopathe. Mais suis-je vraiment si effrayant ? »

« Alors, si je puis me permettre : OUI ! Vous êtes parfaitement effrayant, froid manipulateur, quasi démoniaque. C’est impressionnant de vous voir discuter avec l’agent Starling. On a l’impression que c’est votre comportement qui est normal et celui des autres qui est anormal…

Hannibal lui coupa la parole : « Mais c’est le cas, très chère mademoiselle ! »

« NON, manger ses amis n’est pas normal !

« Ca dépend du point de vue. »

« Ripley !!!! »

« Ali a raison, manger ses congénères, c’est grave. Lui au moins, il a la décence de manger une autre espèce. »

« J’aimerais vraiment poursuivre cette conversation des plus intéressantes mais j’ai un vieil ami pour le dîner ». Hannibal fit un mouvement pour se lever quand l’Alien se mit en colère. « Ripley ! Ripleyyyyyyyy ! »

« Bien, j’accède à ta requête jeune xenomorphe mais ne traînons pas, j’ai grand faim ! »

« Euuurk ! Passons à… ». La Brune balaya la salle du regard et s’arrêta sur le clown. Tout son courage s’envola en un quart de seconde à la seule vue de ce personnage. Une sensation de peur primale glissa le long de sa colonne vertébrale. « Grippe-sou » dit-elle dans un souffle. La bouche démesurément grande du clown s’étira dans un sourire horrifique qui découvrit sa dentition de prédateur. Chaque dent était taillée en pointe, un peu comme si Grippe-Sou avait une bouche composée uniquement de canines.

« Bonjour les enfants ! Comment ça va aujourd’hui ? Vous voulez venir jouer avec moi en bas ? On va flotter comme ce ballon, ils flottent tous en bas. ILS FLOTTENT ! »

« NOOOOOOONNNN »

La Brune ne s’aperçut pas tout de suite que c’était elle qui avait crié, cependant, tout le monde la regardait. « Je veux dire, continuez… je vous en prie» dit la Brune blanche de peur.

«Petite maline, bien sur que je vais continuer, on va bien s’amuser ! Comment pourrais je décrire mon activité ? Et bien très humblement, je mange des enfants tous les 25 ans et puis je me rendors !»

Le Dr Lecter paru outré de cette déclaration. «Quoiiii ??? Donc Mr Clownie mange des gosses et on m’engueule quand je mange des adultes ? C’est intolérable !»

«Premièrement, personne n’a dit qu’il avait le droit de le faire. Deuxièmement, c’est pas un concours de la dégueulasserie ! Parce qu’à ce compte là, vous êtes tous sur la première marche du podium.»

«Ripley ?» dit l’Alien

«Non pas toi ! Pardon Ali, je m’emporte !»

«Humhum» intervint Grippe-Sou, «c’est surtout que je ne suis pas humain, du coup, je ne mange pas mes congénères. Et puis, je me nourris de leurs peurs, en premier lieu. Je joue avec l’idée qu’à cet âge là, les enfants croient à tout, y compris la magie et le surnaturel. Et puis quel enfant se méfierait d’un clown tout mimi avec un ballon ?»

«Euh pardon encore, mais moi ! Quand j’vous ai vu pour la première fois, j’étais assez petite. Enfin, j’avais pas 5 ans non plus. Mais déjà petite, j’vous trouvais hyper louche. A vous pointer quand les parents n’étaient pas là, à vous cacher derrière le linge qui sèche ou dans les bouches d’égouts… FLIPPANT ! Et puis, il suffisait d’entendre votre voix de clown malsain pour me faire stresser. A cause de vous, je ne supporte plus de voir des clowns. J’en ai une peur bleue.»

«Tu n’as pas envie de flotter avec moi en bas ?»

«RIPLEYYY !» Ali s’était mis debout et avançait vers Ça d’un air menaçant.

«Calme toi Ali, Il ne le fera pas. Il fait son intéressant pour me faire peur !» La brune fit une pause, puis reprit : «Le truc c’est que je fais souvent les mêmes cauchemars. Par exemple, il y en a toujours un, avec Regan.»

La petite fille interrompit alors la Brune : «Chouette, vas te faire enculeeeeer»

«Merci Regan. Mais également, un rêve récurrent avec Ça. Il me poursuit en essayant de me bouffer. Il se transforme à volonté en ce qu’il veut. Puis tout à coup, me propose de venir flotter en bas avec lui et il retrouve alors sa forme de clown de l’horreur, toutes canines sorties avec un rire démoniaque au son trafiqué. Mais à la fin, il ne finit jamais par me bouffer. C’est ça le plus fou ! Il y a toute l’ambiance creepy-glauque du film et je suis persuadée que je vais crever mais en fait non.»

«Je te fais peur ma poupée ?»

Grippe-Sou sortit ses belles dents affûtées et fonça sur la Brune d’un air menaçant, griffes sorties. La Brune tenta de rester de marbre et réfléchis à la meilleure façon de s’en sortir. Une seconde plus tard, Grippe-Sou s’arrêta net : ses canines menaçantes avaient disparu, les griffes aussi. Il ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n’en sortit. La dentition, enfin le dentier de Ça, était à terre. Ali et La Brune éclatèrent de rire.

«Voilà, c’est ça ma solution pour faire face à mes peurs. Les ridiculiser. Je n’ai rien inventé, hein. C’est en lisant Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban que m’est venue cette idée. Dans ce livre, ils apprennent à vaincre leurs peurs en dédramatisant. Le meilleur moyen étant de ridiculiser sa peur. Ce qui me fait le plus peur chez Ça, c’est sa voix inhumaine, ses mains de monstres et ses dents pointues prêtes à déchirer de la chaire fraiche. En dépossédant Ça de ses attributs effrayants, je me débarrasse de ma peur. J’ai presque toujours réussi à faire ça.»

La Brune jeta de nouveau un coup d’oeil à l’assemblée monstrueuse. L’atmosphère angoissante avait laissé place à quelque chose de plus léger. Le Dr Lecter avait à coeur d’aider tous les monstres mais semblait lui même préoccupé par autre chose : «J’espère qu’à midi, il y aura de l’agneau. Je ne peux manger que ça. Et je n’aime que ça.»

Pendant que Grippe-Sou tentait d’attratper son dentier, ce qui sans mains relève du défi, un vrombissement se fit sentir. Court mais intense. Regan dit : «Wouuuuh, ça tremble !» Sauf que sa voix était redevenue celle d’une enfant de 10 ans, son teint n’était plus vert et son cou avait perdu en flexibilité. Regan était très colère, mais sa colère fit éclater de rire la Brune. Ali, fidèle à lui même, n’était pas le moins du monde effrayant. De plus, ses dents semblaient avoir légèrement changé, elles ressemblaient à de vulgaire dents de lait. Très plates.

Un second tremblement se fit sentir dans la salle, ce qui eut pour conséquence d’attirer l’attention de tous le monde. Après quelques secondes de réflexion, un troisième tremblement apparu et la Brune comprit tout de suite ce qu’il se passait.

«Comme je vous le disais, je réussis presque toujours à gérer mes peurs par le ridicule.

Avant que cette session ne se termine, laissons la dernière venue se présenter»

«Diannaaaaaaaaaaaaa»

Ali émit un petit cri plaintif : «Ripley…»

Nouveau tremblement.

«Bonjour Diana, donc toi tu n’apparais que dans le noir ? »

«OUIIIIIIII» Répondit Diana de sa voix rocailleuse pendant qu’elle continuait de graver quelque chose sur sa chaise à l’aide des ses griffes acérées…

«Ok, donc voix flippante et visiblement mains flippantes» Plusieurs spots s’éteignirent ce qui commençaient à être relativement angoissant. L’obscurité et Diana avançaient inexorablement vers la Brune. Elle prit alors son courage à deux mains, ferma ses yeux et…

Diana apparut à la lumière du jour coiffée de deux nattes à la Fifi Brindacier. Ses griffes avaient disparus et elle portait des lunettes de soleil. Elle s’indigna : «mais pourquoiiii ?» même sa voix s’étaient adoucie.

«Parce que tu es quand même moins flippante comme ça.»

Les tremblements commençaient à se rapprocher…

Par curiosité, la Brune jeta un oeil sur la chaise de Diana et découvrit ces quelques mots gravés ‘Regarde derrière toi’.

La Brune, qui avait comprit depuis longtemps ce qui allait se passer, ne se retourna mais ferma les yeux…

Quand elle les rouvrit, le vent lui fouettait le visage. Elle était en mouvement et elle allait très vite mais pas assez. Elle avait quitté la thérapie de groupe et se trouvait à l’arrière d’une jeep décapotable en pleine forêt tropicale. Sa jambe la faisait souffrir mais moins que la peur de mourir qu’elle ressentait en ce moment. Les tremblements s’étaient intensifiés. Le conducteur de la jeep ne cessait de regarder dans son rétro central. La Brune réalisa que leur assaillant gagnait du terrain.

Un tyrannosaure les poursuivait. Il se rapprocha de plus en plus, de la Brune… ouvrit grand sa gueule et…

NOOOOOOOOOOON

… la referma sur la Brune.


La respiration haletante, la Brune se releva, d’un seul coup dans son lit. Le seul personnage qu’elle n’arrivait pas à ridiculiser c’était REX. Le même cauchemar depuis 20 ans.

«Et pourtant… il est si ridicule avec ses pattes microscopiques. Mais il l’est beaucoup moins avec sa gueule grande comme un entrepôt, pleine de canines…

Bref, les mystères de l’effroi sont impénétrables»

peur-enfant

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